Coulisses

ma vie, mes délires et le reste...

13 septembre 2006

"La chambre" en "fin de pistes"

Les lectures de la semaine.

La chambre de Françoise Chandernagor

Un livre étonnant où l'auteur nous entraîne, en passant par de nombreux regards (l'enfant, les géôliers, la blanchisseuse, le cuisinier...), dans un endroit étrange et une époque troublée.

Un enfant est gardé, là, dans cette chambre. Une prison pour petit exclu d'une société en mouvement qui ne peut laisser libre ce symbole d'avant. Alors l'enfant vit, survit, sans cadre, sans aide, sans humanité ?...

Ce résumé peut vous paraître confus. Il représente alors bien le livre de F. Chandernagor. Et qu'il est bon de se perdre au fil de ses chapitres, assez inégaux en densité et qualité mais qui amènent pierre par pierre l'(H)histoire et son époque.
Les changements de point de vue sont réussis et maintiennent l'intérêt et le suspens. Pour moi, les chapitres de "jugement" des fantômes des géôliers et commissaires, quelques siècles plus tard, sont les plus réussis et les plus drôles. Sinon, le narrateur s'interroge, ne sachant trop comment prendre son sujet, comme l'histoire s'interroge sur la place à laisser à cet épisode tragique de la construction d'un état, perdu dans la confusion des ambitions, comme l'enfance perdue dans un monde d'adulte.

A lire avec plaisir, mais sans rien lire sur le sujet (ni résumé, ni annotation en fin de livre) pour vous laisser le plaisir de découvrir qui est cet enfant, pourquoi est-il là...
Lors de certains passages, je pense par contre que vous aurez besoin de laver vos draps, si vous lisez dans votre lit, et n'allez pas inventer des raisons "éotiques" à cela.

*****

Fin de pistes d'Emmanuel Pierrat

La rentrée littéraire est riche de nouveaux livres et pas forcément de bons, tout le monde en parle. J'ai voulu tester au hasard un livre de cette liste. Je l'ai choisi par errance, comme toujours. Je me perds dans la librairie et un mot du titre ou du résumé, une partie de la couverture ou une ambiance particulière me fera choisir le livre. Mais comme souvent avec cette technique, un livre vous choisi autant que vous le choisissez.

C'est le goût du voyage qui m'a fait prendre ce roman. Il conte l'errance de quatre personnes arrivées à la fin de leur piste personnel ou la vie et l'Afrique se sont mêlées.
- René, ancien de la guerre d'Algérie, découvre l'Afrique par le côté obscure des morfaloux, de la guérilla et des opérations secrètes.
- Makéda est en errance religieuse puis en recherche de vie, d'identité. Éthiopienne juive, elle suivra ses parents vers une terre soit disante promise mais où le racisme et l'intégrisme ne seront que les véritables accueils. Elle deviendra avocate, prenant la direction du sud de l'Afrique.
- Albéric, fils d'un diplomate belge, sera attiré par les feux des cieux et deviendra artificier à Zanzibar.
- Codjo a lui aussi un parcours plus que riche. Après avoir renié ses origines et sa formation vaudou, être revenu d'une lutte marxiste toujours présente en lui, il devient trafiquant d'art tribal.

Ces quatre personnages n'ayant en commun que leur amour de l'Afrique, leur errance et leur solitude d'exilé, se retrouvent au soir d'un soulèvement militaire ayant renversé le gouvernement du pays. Le temps d'une nuit, ils se racontent, à la première personne, à tour de rôle.

Et le livre est construit comme cela, par chapitre, passant de rené à makéda, puis de Albéric à Codjo. Le croisement de ces histoires, qui ne se déroulent pas forcément à la même époque, rajoutent à cette érrance. Mais on peut tout de même regréter le manque de différentiation des personnages dans la manière de raconter. Les quatre parlent à l'identique ! On ne sent pas les différences de vie, de milieu, de psychologie. ça manque d'âme.

J'ai été déçu par le survol des histoires. On passe rapidement, succinctement. C'est vrai que tout se raconte en une nuit, mais certains passages méritaient d'être approfondis. Tout est ici rapide, court, précipité. Peut-être a-t-il voulu (l'auteur) rajouter à l'errance par cette technique, mais il n'en ressort qu'un sentiment de pas fini, pas abouti. Du coup cela devient un très bon roman de métro où les chapitres correspondent à deux arrêts.

De cette narration rapide, on passe un peu à côté du personnage central : l'Afrique. Elle y est dépeinte sous toutes ses formes, plutôt crayonnée. La aussi le trait est rapide, l'esquisse est belle, se voulant être plus proche du réelle. Le risque est d'en garder une image à la VSD ou Paris Match, c'est à dire tout ce que n'a pas voulu l'auteur.

J'ai pourtant aimé ce livre mais j'en garde un goût bizarre. Peut-être que le thème résonne trop en moi et j'aurai voulu alors en avoir plus. Je le tiens à votre disposition, ainsi nous pourrons comparer nos points de vue, ce qui permettra d'affiner le mien.

Posté par Nibordesbois à 15:12 - Ecritures et Lectures - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

pourquoi mon premier commentaire n'est pas passé ?

Posté par fleurdeschamps, 15 septembre 2006 à 22:13

bon, j'ai dû cliquer à côté... en résumé, je te disais que mes envies de lire du moment (donc de la "rentrée") étaient :
le grand soir de François Dupeyron
Contours du jour qui vient de Léonora Miano
reste à trouver un peu de temps

Posté par fleurdeschamps, 15 septembre 2006 à 22:16

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